Salon du livre à Pointe-à-Pitre, une fête du livre

Par Sylvana Artis, agent de la collectivité commune Pointe-à-Pitre

Affiche du Salon du livre de Pointe-à-Pitre 2012

L’aire urbaine de Pointe-à-Pitre, sous préfecture de la Guadeloupe, compte plus de 300 000 habitants, ce qui la place au trente et unième rang des villes françaises. On ne peut que  s’inquiéter dans une ville de cette importance de la fermeture pour rénovation, depuis plusieurs années, du Centre des Arts et de sa bibliothèque pour enfants qui  privent les familles d’un accès facile aux livres. La tenue du Salon du livre, si elle était une belle occasion de redonner à l’écrit sa place dans la cité, a aussi mis à jour le manque de bibliothèque et ses conséquences en termes de pratique de lecture.

Après 4 ans d’absence, le Salon du Livre de la ville de Pointe-à-Pitre, s’est tenu du 17 au 20 octobre sur plusieurs sites de la ville. L’organisation de cette édition a été confiée par le maire de Pointe-à-Pitre au Réseau des bibliothèques de la commune.
L’équipe de direction des bibliothèques s’était fixé deux règles concernant cette organisation. D’une part, que le Salon soit surtout une fête populaire autour du livre, et non réservée à une élite. D’autre part, que les animations s’adressent aussi bien au public lecteur qu’à un public ayant peu ou pas de pratiques de lecture.
De plus, crise oblige, peu d’invités extérieurs, faute de budget, et peu de fastes, mais une volonté bien présente d’entreprendre  des actions de fond.

Depuis la tenue  du dernier Salon, un événement important a marqué la vie culturelle de Pointe-à-Pitre : la fermeture du Centre des Arts pour cause de rénovation. Or c’est dans ce lieu central que se  déroulaient les précédentes éditions du Salon. Ce fait ne doit pas être  minoré puisqu’il a été déterminant dans l’organisation du nouveau salon : il fallait trouver un lieu facilement accessible et ayant une connotation culturelle pour tous les Pointois.
Les lieux choisis ont été l’Ancien Presbytère (centre-ville) pour le public adulte et le Centre culturel Remy Nainsouta (quartier de la Rénovation) pour le public enfant. Cet éclatement n’a pas favorisé la fréquentation des lieux. Il était difficile pour des parents de venir avec leurs enfants à l’ancien Presbytère puisqu’il n’y avait aucune animation pour les plus jeunes et parallèlement, les parents  venant au centre Remy Nainsouta, même s’ils étaient heureux d’accompagner leurs enfants, ne trouvaient aucun programme qui leur était destiné. Cette situation a contribué à la démobilisation des visiteurs.
L’image même de l’Ancien Presbytère, lieu ouvert ponctuellement à des manifestations culturelles privées, expositions, conférences, n’est pas dans l’esprit de la population celle d’un lieu populaire  dédié à la culture.

Un lieu pour le Salon : le Centre culturel Rémy Nainsouta

Pendant quatre jours, le centre culturel Rémy Nainsouta, s’est transformé en « bibliothèqueidéale » pour enfants de zéro à douze ans.
La fermeture du Centre des arts a entraîné la disparition de la seule bibliothèque de la commune possédant des collections uniquement destinées aux enfants. Les deux annexes de quartier, par ailleurs  excentrées, qui possèdent aussi des collections jeunesse sont désormais administrées par la communauté d’agglomération Cap excellence (EPIC). Actuellement le réseau des bibliothèques de la commune se compose d’une médiathèque  municipale pour un public à partir de quatorze ans et de deux centres de documentation spécialisé.
Aussi le salon nous a semblé être le moment de rappeler l’importance d’avoir une bibliothèque pour enfants dans la commune.
Nous avons recréé avec l’aide d’un décorateur plusieurs espaces :
Au rez-de-chaussée, dans la salle Daniel Beauperthuy, se tenait l’espace  des tout-petits, 0–5 ans : coussins, poufs, bacs à albums,  rayonnages, et une collection de livres spécialement dédiée à ce très jeune public.
À l’étage,  la salle Edouard Chartol était consacrée  aux 6-12 ans avecune section réservée aux albums et une autre réservée aux romans, bandes dessinées, périodiques et documentaires.
Dans la  section  fiction,  les enfants étaient invités à fureter dans quatre espaces attractifs, ayant chacun un thème  clairement   identifié par la décoration : « sorcières et créatures », « animaux, nature », « amour, joie, mort » et  « Fabriquer, construire ».

C’est aussi à l’étage qu’ont été exposées quelques illustrations originales de l’album Poética de Marielle Plaisir (éd. Jasor, 2012).
Dans l’autre section, les bandes dessinées étaient disposées à côté des romans, en espérant que le lecteur puisse  tomber par hasard  sur son roman, son documentaire. Les livres documentaires côtoyaient les CD-Rom et les documents sonores. On peut cependant regretter que des ordinateurs n’aient pas été installés pour permettre aux visiteurs de les visualiser.
Les périodiques se trouvaient sur un rayonnage spécial près des tables de travail très vite investies par des enfants partageant leur lecture entre périodiques et documentaires.

Il était spécifié dans le programme que pour l’ensemble des manifestations proposées, en dehors des rencontres scolaires, tout enfant devait  être obligatoirement accompagné d’un adulte.  En dehors du public captif, des écoliers, nous avons eu une fréquentation très moyenne des familles. On peut l’expliquer par différentes raisons :

  • Même si le centre culturel Rémy Nainsouta se situe à la croisée de quartiers populaires (Chanzy, Mortenol, Les Lauriers, Bergevin), il faut constater que la ville connaît une nouvelle rénovation urbaine qui en a éloigné une partie non négligeable de sa population.
  • Quatre ans sans bibliothèques pour enfants dans cette commune  a de réelles conséquences sur les pratiques culturelles autour du livre dans les familles.
  • Notre commune souffre d’une réputation d’insécurité, pas véritablement fondée. Ce qui est sûr, c’est que les gens sont dérangés par le nombre important d’exclus et de marginaux qui vivent dans les rues.

Des animations

Elles ont été de plusieurs ordres. Certaines s’ancrant dans une tradition orale et régionale : des contes avec le conteur Raphael Annerose ; des comptines et des chants avec l’auteur du recueil, Bouquet de mots pour marmots de Henri Maurinier ; deux spectacles de marionnettes avec Ernst Rome, marionnettiste haïtien. D’autres ont été plus tournées vers la littérature de jeunesse avec l’exposition des illustrations originales de l’album de  Marielle Plaisir. « La kaz a listwa » / « la maison aux histoires » consistait à projeter sur écran les illustrations intégrales d’albums  sélectionnés et leur  texte était lu en voix off. Il s’agissait d’albums édités et d’un inédit.
« L’heure du conte » ou plutôt « l’heure de lecture à voix haute » a été proposée pendant le temps scolaire et hors temps scolaire.
Évidemment celle du temps scolaire a connu un vif succès mais pour celles intitulées « C’est mon papa » (sélection d’albums  autour des papas) et « Maman j’ai peur » (sélection d’albums  autour de la peur), il n’y a eu aucun participant car venir avec son enfant écouter une histoire est une habitude perdue depuis la fermeture de la bibliothèque, surtout en fin d’après-midi.
Une mise en espace de La diablesse et son enfant de Marie N’Diaye (École des loisirs) a été proposée le samedi matin, jour de marché, et le public était présent.
« Un mur à idées » qui s’est transformé en « boule à idées » n’a eu aucun succès. Les enfants étaient invités à glisser, dans la boule, des dessins, des mots, des rêves et des idées sur leurbibliothèque idéale. Des bouts de papier, de cartons, des crayons de couleurs, des feutres, de la craie étaient mis  à leur disposition. Nous n’avons pas eu un seul dessin. Les enfants se souviennent-ils de ce qu’est une bibliothèque ? En ont-ils jamais fréquenté une ? Il était impossible de ne pas voir le mur, il était situé juste à l’entrée du centre.
Il n’y avait pas de stands de libraires ni d’éditeurs pour enfants. Ce n’est que le samedi que des auteurs de jeunesse régionaux ont pu  vendre et signer leurs nouveautés.

© Phillipe Hurgon de l'association les Amis du net

La bibliothèque idéale a eu du succès grâce au public scolaire. Dans certain cas, nous avons rappelé des souvenirs, créé une envie, un besoin… Mais à la question des enfants, d’enseignants et de rares parents : « où peut-on s’inscrire ? » Nous ne pouvions rien répondre. Cette demande sera-t-elle, un jour, entendue ?


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